Conformité

LCB-FT : les attentes de l'ACPR pour les banques

Détailler les points de contrôle récurrents en matière de blanchiment et de financement du terrorisme.

LCB-FT : les attentes de l'ACPR pour les banques

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Pour répondre aux attentes de l’ACPR en matière de LCB-FT, une banque doit pouvoir démontrer que son dispositif fonctionne concrètement : les risques sont identifiés, la connaissance client est à jour, les opérations sont surveillées et les alertes sont traitées avec une décision justifiée. L’enjeu ne se limite donc pas à disposer de procédures. La gouvernance, la qualité des données, les contrôles et la capacité à corriger les faiblesses observées doivent former un ensemble cohérent.

L’ACPR attend des banques un dispositif LCB-FT fondé sur les risques, adapté à leur activité et prouvable. Cela implique notamment une connaissance client suffisante, une surveillance opérationnelle pertinente, des déclarations de soupçon traitées sans délai injustifié et un contrôle interne capable d’identifier les écarts.

LCB-FT : les attentes de l’ACPR pour les banques en pratique

La LCB-FT désigne la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Pour une banque, cette obligation s’inscrit dans les décisions quotidiennes : entrée en relation, attribution d’un niveau de risque, collecte de justificatifs, revue périodique, détection d’opérations inhabituelles et remontée des situations qui le nécessitent.

L’ACPR exerce une supervision fondée sur les risques. Cette logique évite une lecture purement administrative de la conformité. Une banque doit être en mesure d’expliquer pourquoi ses moyens, ses règles de vigilance et ses priorités correspondent à son profil : produits distribués, canaux d’entrée en relation, types de clientèle, implantation, activités internationales ou encore recours à des prestataires.

Le dispositif attendu ne consiste pas à traiter chaque client de manière identique. Il vise au contraire une vigilance proportionnée et traçable. Une situation plus sensible appelle une analyse renforcée, tandis qu’un dossier moins exposé reste soumis à des vérifications adaptées. L’essentiel est de pouvoir relier la décision prise aux informations disponibles et au niveau de risque retenu.

Une gouvernance qui transforme les règles en décisions suivies

Une politique LCB-FT utile doit définir les responsabilités, les modalités d’escalade et les contrôles attendus. Elle ne peut pas rester isolée dans une documentation générale. Les dirigeants et les équipes concernées doivent disposer d’une vision claire des risques, des incidents, des alertes importantes et des actions de remédiation.

Dans un groupe bancaire, cette exigence prend une dimension supplémentaire. Les retours de supervision de l’ACPR sur le pilotage consolidé ont notamment mis en lumière des échanges d’informations intragroupe parfois incomplets, un pilotage des outils insuffisamment coordonné et des contrôles permanents pas toujours assez formalisés. La cohérence entre entités, métiers et filiales devient alors un sujet de maîtrise à part entière.

Élément du dispositif Ce que la banque doit pouvoir montrer
Gouvernance Des rôles définis, des arbitrages documentés et un suivi des risques significatifs.
Cartographie des risques Une analyse actualisée reliant les risques aux activités, clients, produits et canaux.
Contrôle interne Des vérifications régulières, des constats exploitables et des corrections suivies.
Outils de surveillance Des paramétrages compris, testés et adaptés au profil de risque de l’établissement.
Traçabilité La capacité de reconstituer une analyse, une décision et les éléments qui la fondent.

Connaissance client : privilégier une information exploitable

La connaissance de la clientèle constitue la base du dispositif. Il ne s’agit pas seulement de recueillir des documents à l’ouverture d’un compte. Les informations doivent permettre de comprendre la relation d’affaires, l’activité déclarée, l’origine des fonds lorsque cela est nécessaire et le comportement attendu du client.

Une banque gagne à distinguer ce qui est collecté de ce qui est réellement utilisé. Une donnée absente, périmée ou non rapprochée des opérations réduit la valeur de l’analyse. À l’inverse, un dossier bien documenté facilite la détection d’un écart entre le profil annoncé et les mouvements constatés.

Cette approche suppose aussi d’organiser les mises à jour. Les événements de vie du client, les changements dans une entreprise, l’évolution d’une activité ou une modification du niveau de risque peuvent rendre une information initialement suffisante moins pertinente. Les règles de revue doivent donc être connues, appliquées et contrôlées.

Surveillance des opérations : rendre les alertes pertinentes et traitées

Les dispositifs automatisés de surveillance jouent un rôle central dans les banques. L’ACPR a mené en 2022 une revue thématique sur ces dispositifs auprès d’organismes contrôlés, couvrant notamment la banque de détail, la banque privée, le crédit à la consommation, les succursales étrangères et la banque en ligne. Cette diversité illustre un point essentiel : un outil n’a de valeur que s’il est adapté au contexte dans lequel il est utilisé.

La banque doit ainsi pouvoir expliquer la logique de ses scénarios, les données exploitées, les seuils retenus et les conditions dans lesquelles elle ajuste ses paramétrages. Un volume important d’alertes ne prouve pas, à lui seul, l’efficacité d’un dispositif. Il faut aussi s’assurer que les alertes utiles sont analysées dans des délais maîtrisés et que les décisions sont correctement motivées.

La qualité du traitement humain reste déterminante. Les analystes doivent disposer d’informations suffisamment complètes, de consignes opérationnelles claires et de circuits d’escalade adaptés aux dossiers complexes. Le suivi des stocks d’alertes, des délais de traitement et des dossiers réouverts aide à repérer les fragilités avant qu’elles ne deviennent structurelles.

Déclaration de soupçon : réduire le temps entre le doute et la décision

Lorsqu’une analyse fait naître un soupçon, la déclaration à Tracfin doit être préparée avec rigueur. Les lignes directrices conjointes rappelées par l’ACPR soulignent que, lorsqu’une alerte intervient après l’exécution d’une opération, l’organisme doit prendre uniquement le temps nécessaire pour passer du doute au soupçon.

Cette attente ne signifie pas qu’une banque doit décider sans enquête. Elle implique en revanche d’éviter les délais qui proviennent d’un dossier mal renseigné, d’un circuit de validation trop lent ou d’une répartition confuse des responsabilités. La documentation doit permettre de comprendre les vérifications réalisées, les éléments d’analyse et la date de chaque étape utile.

Les déclarations constituent une partie du dispositif, pas son unique finalité. Une banque solide travaille aussi en amont : elle identifie les situations sensibles, améliore ses outils, traite les anomalies de données et tire des enseignements de ses contrôles.

Préparer un contrôle LCB-FT avec des preuves plutôt qu’avec des procédures

Un contrôle efficace se prépare dans la durée. La banque doit pouvoir présenter une documentation à jour, mais également des preuves d’application : comptes rendus de comités, résultats de contrôles, dossiers revus, plans d’action, tests sur les outils et suivi des mesures correctrices.

Le rapport annuel 2025 de l’ACPR indique que 27 décisions de sanction liées à des manquements aux obligations LCB-FT ont été prises sur la période 2021 à 2024, dont 21 représentaient 78 % des décisions de sanction de la commission concernée. Ce constat rappelle l’importance d’un dispositif suivi au plus près, sans attendre une inspection pour découvrir une faiblesse persistante.

La taxonomie LCB-FT V2.4.0, publiée le 4 septembre 2025, met en oeuvre l’instruction ACPR n°2025-1-08 et entre en vigueur à partir de l’arrêté du 31 décembre 2025. Les banques concernées ont intérêt à vérifier les impacts sur leur chaîne de reporting, la qualité des données transmises et la répartition des responsabilités entre conformité, risques, informatique et équipes déclarantes.

Comment une banque peut-elle prouver que sa cartographie LCB-FT est utile ?

Elle doit pouvoir relier sa cartographie à des décisions concrètes : niveau de vigilance, règles de revue, priorités de contrôle, paramétrage de la surveillance et allocation des moyens. Une cartographie qui ne produit aucun effet observable devient difficile à défendre.

Les outils automatisés suffisent-ils pour détecter les risques de blanchiment ?

Non. Ils facilitent la détection et le traitement des alertes, mais leur efficacité dépend des données, des scénarios, des seuils, des tests et de l’analyse humaine. La banque doit donc surveiller autant le fonctionnement de l’outil que la qualité des décisions prises après une alerte.

Quels documents préparer avant une revue ACPR sur la LCB-FT ?

Il est utile de réunir la politique LCB-FT, la cartographie des risques, les procédures, les résultats de contrôles, les rapports d’audit, les plans de remédiation, les éléments de gouvernance et des exemples de dossiers traités. Les documents doivent être cohérents entre eux et refléter les pratiques réelles.

L’auteur

Linh Pichon

Juriste en droit bancaire

Je décrypte le Code monétaire et financier et les instructions du superviseur depuis douze ans. J’accompagne les établissements dans la préparation de leurs dossiers d’agrément et de leurs réponses aux questionnaires.

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